La gazette Live de Midi Minuit par Terres du son 2021

Il y a trois ans déjà, Feu!Chatterton était à Terres du Son…

[Le dimanche 8 juillet 2018]

« Sous l’ombre des grands chênes, au cœur de la forêt, la poésie et la douceur se sont retrouvées. Les cinq membres de Feu!Chatterton ont mêlé leurs mots aux chants des oiseaux.

Meltem : Feu!Chatterton, vous qui portez si joliment votre nom, quel feu vous anime ?

Arthur : C’est un feu follet [protestation des autres membres du groupe] Pourquoi, c’est joli un feu follet ? Ah oui, c’est un feu de joie !

Que vous évoque le festival Terres du Son en un mot ?

Antoine : Chêneraie !

Clément : Forêt de chênes !

Que pensez-vous de la démarche écologique du festival ?

Sébastien : J’aimerai bien aller voir l’éco-village, j’ai vu qu’il y avait une démarche locale, des assiettes… c’est des détails mais quand on est en tournée on consomme une somme de choses inutiles gigantesque, notamment des bouteilles, tout est en plastique, et c’est rare de voir une approche comme ça dans un festival.

Clément : Par exemple les toilettes, c’est tout con, mais c’est vrai que quand on arrive sur des festivals où il n’y a pas de toilettes sèches – parce que la plupart des festivals ont des toilettes à eau, normales, chimiques – c’est quand même un désastre énorme alors que les toilettes sèches ça marche parfaitement bien et que en vrai ça sent bien meilleur !

Vous avez fait participer vos auditeurs à votre dernière création via les Récréations Sonores, comment cela s’est-il passé ? Est-ce une expérience que vous aimeriez refaire ?

Arthur : Là on est en train de finir l’enregistrement de cette chanson, on a pas encore son nom d’ailleurs, mais c’était assez riche et excitant. Au début on s’inquiétait pas mal parce que nous on a un fonctionnement à 5 déjà hyper autistique [Sébastien : t’es sûr que ça existe autistique comme mot ?/Arthur : Si si bien sur ça existe…] Tu vois déjà comment c’est complexe pour un mot ! On est un peu dans notre bulle et tout, donc faire entrer des gens dans le processus de création c’est quelque chose qui est hyper déstabilisant, on se retrouve un peu à poil, et là on a voulu prendre ce risque parce qu’on s’est dit que le public avait sans doute des choses intéressantes à nous proposer. On a été hyper heureux et surpris des plus de 500 textes qui nous sont parvenus, beaucoup de plages musicales…ça nous a vraiment pas mal inspirés, il y a une chanson qui est née, qu’on aime vraiment bien. Donc là on est en train d’enregistrer pour en faire quelque chose qui soit à la hauteur, mais c’était hyper excitant. Peut-être que si on recommence, et ça peut se faire, faudra qu’on ait un peu plus de temps pour travailler ça. Là ce qui était marrant c’est que c’était un peu fou. On a reçu des pistes, au début on avait juste donné un bpm (battement par minute) donc un clic, et puis en une semaine on a dû commencer à rassembler toutes ces informations, coller les choses ensemble, écrire la suite, trouver les arrangements et on a enregistré en live en 50 minutes le titre. C’était un peu fou pour nous qui sommes assez lents dans notre processus de création. On aime prendre le temps, y revenir, se poser des questions, là c’est bien aussi de ne pas trop se poser de questions.

(pour réécouter le direct : https://culturebox.francetvinfo.fr/recreations-sonores/episode/feu-chatterton)

Vous avez également participé au festival d’Avignon auprès de l’auteur Eric Reinhardt, un mot sur cette expérience ? Sur l’auteur ?

Sébastien : C’était une expérience hyper enrichissante pour nous, parce qu’on est un groupe qui aime particulièrement le texte et c’est vrai qu’avec Eric on a pu reconstruire un spectacle et une narration à partir de son roman, L’amour et les forêts. Et pour nous ça a été super, Arthur a aussi eu une sorte de rôle d’acteur et je pense que c’est quelque chose qu’il affectionne particulièrement. J’espère qu’on pourra le refaire, autour d’autres romans, avec d’autres auteurs…

Justement, avec quel auteur contemporain aimeriez-vous retenter l’expérience ?

Arthur : Avec Wajdi Mouawad, qui est aussi le directeur de La Colline, c’est vraiment un type qui a une écriture très inspirante. Et puis pareil, ce qui a été vraiment très riche avec Eric, c’est qu’il y avait des thèmes en commun et des choses qui traversaient son écriture qui traversaient aussi notre musique. C’est quand on construit ces ponts là que les choses sont intéressantes, tout n’est pas partagé mais il y a des endroits où on se retrouve. Alors bâtir ces sortes de ponts entre la musique et l’écrit, entre les planches de théâtre et celles de la musique live actuelle, c’est des choses qui nous intéressent. Dans l’écriture de Wajdi Mouawad, en plus d’être une très belle écriture, il y a aussi des thèmes et des sujets qui nous sont chers. C’est une expérience qui nous plaît beaucoup. Dans le théâtre, les comédiens depuis qu’ils font ce métier, depuis qu’ils sont petits, on leur apprend et on leur fait comprendre que c’est une discipline du corps, de l’expression physique, c’est-à-dire aussi athlétique : comment on s’échauffe, comment on s’entraîne, comment on est sur la scène. Dans les musiques actuelles et le rock c’est un truc que tu découvres petit à petit, tu vois on a l’impression que tu dis « bah tu fais de la musique, c’est de la musique, c’est pas du spectacle » c’est bizarre. Or en fait, oui c’est une fraternité immense avec le théâtre et on est sur scène en train de faire du spectacle vivant et du live en même temps. On a plein de choses à apprendre – on a envie en plus de les apprendre ! – de la danse et du théâtre pour ça, pour la narration, pour la mise en scène, pour ce jeu là, de pouvoir se reposer aussi sur les corps des autres… Et cette fraternité que nous on a à cinq on se demande parfois ce que c’est à dix, quinze, quand t’es dans une grosse troupe avec un metteur en scène. C’est des aventures à la fois récréatives et super enrichissantes parce qu’on les prend avec plus de légèreté que quand on considère notre propre musique, et finalement c’est dans la légèreté aussi qu’on trouve la richesse et du sérieux pour la suite

Le jour a tout enseveli et L’Oiseleur, ça signifie quoi pour vous ? Est-ce que ce sont des métaphores ?

Raphaël : ça a toujours forcément un sens, on ne choisit jamais un titre par hasard !

Arthur : à chaque fois on essaie de trouver un nom qui soit comme un fermoir du collier qu’est le disque. Parce qu’on a fait des albums – on en a fait que deux- mais à chaque fois on les a fait en essayant de monter un monde clos, quelque chose qui tient de lui même, dans lequel on entre par une porte et où on puisse en ressortir par d’autres. Un labyrinthe avec ses couleurs, son monde, dans lequel on puisse se perdre et voyager : ça c’est ce qu’on aime dans la musique, aussi dans la musique qu’on a beaucoup écouté. C’est des albums, il y a quelque chose comme ça où c’est pas juste des collections de chansons mais tu entres dans un monde et quand tu es sorti de ce monde – je pense à Harvest de Neil Young ou à OK computer, Amnesiac de Radiohead ou Histoire de Melody Nelson de Gainsbourg-c ‘est des albums qui sont assez courts mais qui te prennent de bout en bout, comme ça, parce qu’il y a un fil continu. Et on aime ces choses là, créer des mondes. Et les disques, les deux disques qu’on a fait, on les a construit comme ça en essayant de créer des mondes. Et celui là, L’Oiseleur, encore plus que le premier, parce qu’il a été écrit sur une période plus courte, à un moment donné et donc c’est un moment plus cohérent, c’est une durée différente. On a essayé de construire un fil comme ça, qui soit un fil d’eau, un jardin, une sorte d’île, îlot dans le lequel les gens peuvent mettre ce qu’ils veulent, se perdre, enfouir le trésor, aller se baigner, cueillir un fruit. Alors L’Oiseleur, c’est à la toute fin des chansons qu’on a trouvé le nom, en se demandant comment on aller le baptiser – comme un enfant, quelque chose qui naît – ce disque. Il faut que son nom de baptême symbolise le disque en soi. L’Oiseleur c’est celui qui capture les oiseaux, alors nous c’est jamais à des fins prédatrices, c’est celui qui capture pour nous des oiseaux qui, s’il ne les gardait pas vers lui, disparaîtraient. Parce que ces oiseaux qu’on a mis dans le disque c’est les presque rien fugaces de la vie qui s’éventent, dans les feuillages. Qui, comme les parfums, comme les couleurs qu’on oublie, passent… et pour ne jamais les oublier on les garde à l’intérieur de nous comme des oiseaux qui continuent de vivre, des souvenirs.

Dans vos créations, est-ce la poésie qui sert la musique ou la musique qui sert la poésie ?

Clément : Je pense que c’est un dialogue qui se fait vraiment sans arrêt entre la musique et le texte. Ce n’est pas dichotomique, les chansons se créent vraiment ensemble [Arthur : les chansons secrètes!] oui les chansons secrètes, et les chansons publiques, se créent vraiment toutes ensemble. On a pas de recette spéciale et toute faite pour créer une chanson. Parfois c’est le texte qui s’écrit avant la musique, parfois c’est l’inverse et je pense que ce qu’on a envie de faire c’est avant tout de pouvoir créer une émotion particulière par chanson, qu’elle soit un monde en soi, et un peu comme dans l’album aussi. Qu’en ayant écouté une chanson on puisse vraiment ressentir quelque chose, et en ça il n’y a pas de priorité au texte ou à la chanson, c’est vraiment en suivant notre intuition qu’on fini une chanson.

Votre style a beaucoup évolué depuis vos débuts, où Arthur slamait les paroles…

Clément : Je pense qu’on évolue de style à chaque chanson, même à chaque mesure, à chaque couplet, à chaque refrain. Il y a un truc où on ne se limite absolument pas à un style de musique. Au début on s’est un peu créés autour de la voix d’Arthur comme du slam parce qu’on avait pas encore développé cette envie de la chanson. C’était la terre glaise de Feu!Chatterton, c’était vraiment le tout début, on apposait un peu de la voix sur de la musique et il y avait beaucoup moins d’interaction. C’est quelque chose qu’on a travaillé au fil des années et même sur le deuxième album c’est quelque chose qui est beaucoup plus présent, dans la composition, les arrangements. Il y a quelque chose de beaucoup plus fin là dedans par rapport au premier album. Ensuite sur les styles, effectivement on expérimente beaucoup de choses, on va sur des terres qu’on peut croire nouvelles mais qui ne sont pas tant nouvelles que ça pour nous. Parce que le hip-hop, par exemple sur certaines chansons, c’est quelque chose qu’on avait déjà beaucoup expérimenté avant le groupe notamment à l’époque où on faisait plus de slam, mais on ne se limite absolument pas dans les styles et c’est quelque chose qu’on aime beaucoup faire. C’est ça aussi qui est excitant dans ce groupe c’est d’avoir cette ligne directrice, cette voix et les histories qu’on raconte et qui permettent aussi derrière d’être très libres de faire ce qu’on veut.

Vous proposez des réécritures de poèmes d’Aragon, d’Eluard ou encore d’Apollinaire, dans ce nouvel album, comment se font les choix de ces textes ?

Arthur : C’est comme pour tout le reste, on cherche d’abord à avoir nous un frisson, parce que ce qui nous intéresse c’est de partager ce frisson avec les gens. Et c’est pas donné un frisson ! Ca se débusque ! Soit en marchant, soit en jouant ensemble, en tout cas il faut disposer son esprit pour qu’il soit curieux, à être attentif aux autres, à ce qui arrive, il faut être ouvert, il faut être partageur… et pourquoi on a mis ces poèmes en musique, c’est parce qu’à un moment en les lisant ils ont résonné très fort en nous au point qu’on ressente un immense frisson qui nous indique qu’on a de la chance, qu’on est tombés sur quelque chose, un trésor, qu’on va pouvoir partager avec les gens, qu’il faut leur livrer. C’est pareil à chaque fois, on a une image comme ça qui vient et on se dit « wow je me rappelle de ce moment et j’en frissonne encore » : comment on va capturer ce presque rien, cette émotion très intense qui arrive dans la vie à de nombreuses reprises mais qui dure peu de temps. On peut parler d’amour, on peut parler de bonheur, de plénitude, des courts instants de fulgurance comme ça où on est attrapés dans la vie, que tout le monde ressent : comment on fait pour les garder dans une chanson et réussir à les partager. Donc ces poèmes là ils résonnaient en nous pour ce qu’ils racontaient. Je pense à Eluard, L’aventure, c’est le premier poème qui est mis en musique dans notre chanson Le Départ qui dit « Prends garde c’est l’instant où se rompent les digues/C’est l’instant échappé aux processions du temps/Où l’on joue une aurore contre une naissance » et ça c’est quelque chose qui peut vous bouleverser, qui peut vous attraper, ce moment où on comprend que l’aventure c’est ça et ce moment là c’est celui que l’on recherche tout le temps, ce moment où l’on joue une aurore contre nos naissances, le moment où les digues se rompent, où quelque chose advient. On est en perpétuel recherche de cet instant : faire que quelque chose advienne, faire que quelque chose bascule, vivre intensément une seconde.

Le soir sur scène, Feu!Chatterton nous embarque dans une prestation des plus enivrante, une aventure qui donne une fièvre fougueuse et qui brûle le cœur comme une décharge. On « plane en direction du soleil couchant », accompagnés d’une performance des plus énergiques, ponctuée par des vers tendres comme une caresse. Au milieu de ce brasier incandescent les jambes se sont agitées et l’exploration s’est poursuivie jusqu’au fond d’une forêt de signes. On ressort alanguis, heureux de se connaître, le cœur rempli d’oiseaux qui sont déjà des souvenirs sucrés. »

Ce soir, Feu!Chatterton sera de retour sur scène à 22h05 au festival Terres du son avec son nouvel album Palais d’argile aux sonorités électrisantes, à ne pas manquer !!!